Physiologie de la course au large

Quelques études d'études se sont intéressées à la dépense énergétique lors des différents types de pratique de la course au large. Les résultats montrent une grande disparité de cette variable, ceci indique que les niveaux de dépenses sont très différents selon les types de bateaux et de compétition. Un travail très récent (Devienne et Guezennec) indique que lors de manœuvres rapides en First class 8 les navigateurs de poste clé tel que le N'l pouvaient atteindre leur consommation maximale d'02 lors de l'empennage. A l'inverse la dépense du barreur reste relativement modérée pendant toutes les manœuvres. Plusieurs mesures ont été effectuées par l'équipe de l'IBSV lors de différentes manœuvres sur des monocoques de type 60 pieds elles indiquent aussi que pour certaines situations telles que hisser la grand voile les capacités maximales du navigateur peuvent être atteintes. Des mesures effectuées sur un monocoque de croisière de 45 pieds et sur Sélection confirment que pour certaines manœuvres les capacités maximales sont atteintes. Ces observations amènent plusieurs remarques suivantes :
- Il semble que chaque navigateur adapte la vitesse de manœuvre à sa capacité, ce phénomène peut devenir critique lors de la course en équipage.
- Lors de course de longue durée les manœuvres sont espacées et d'autres facteurs participent à la dépense énergétique tel que le maintien de la posture sur un bateau en mouvement constant. L'analyse de ces différents facteurs explique l'augmentation du besoin calorique observé lors de la course au large. En effet quelques études se sont attachées à définir les besoins des navigateurs. Un travail a été réalisé en 1984 par l'équipe du Pr Klepping lors du tour du monde en solitaire en multicoque de Philippe Monnet ; les mesures de composition corporelle réalisées avant et après la course indiquent que dans ce cas très particulier l'équilibre énergétique est obtenu pour une ration se situant autour de 35OOKcal par 24 heures. Par ailleurs, on peut utiliser les résultats d'une étude précise réalisée à l'aide de L'utilisation de la technique à l'eau doublement marquée, lors de la course autour du monde en équipage (Branth et al 1996) afin de mettre en évidence le rôle déterminant de la nutrition. Cette méthode a permis d'évaluer le besoin calorique autour de 45OOKcal par 24h. Par ailleurs l'étude indique que ce besoin calorique n'est pas systématiquement couvert pendant la course il en résulte une perte de poids et une diminution de la masse grasse à l'arrivée de la course. Ceci souligne le fait que les apports alimentaires spontanés sont insuffisants pour couvrir la dépense énergétique.

Des études menées lors de courses en solitaire telles que le Figaro (Bigard et al 1998) ont confirmé ces résultats et ont montré, que la répétition d'étapes d'une durée de trois à quatre jours en solitaire avec privation de sommeil et un exercice physique correspondant à la manœuvre en solitaire aboutissait à une perte de poids avec une réduction de la masse grasse et de la masse maigre des membres inférieurs en dépit d'un apport calorique journalier de 4500Kcal.
En dehors de l'aspect purement calorique du besoin alimentaire, il semble aussi que la répartition spontanée du pourcentage des apports entre glucides, lipides et protides soit affecté lors de la course au large. Lors de la course à la voile du Fasnet 1986 un médecin nutritionniste fut embarqué sur CORUM afin d'étudier les apports spontanés lors de la course au large en équipage. Même en équipage, ce type d'épreuve impose une privation partielle de sommeil, une fatigue physique et une contrainte psychologique importante. Les observations faisaient ressortir un comportement typique : à l'issue d'une période de manœuvres intenses l'équipage ressentait le besoin d'ingérer des aliments à saveur sucrée. Cette ingestion était le plus souvent suivie d'un épisode de quelques minutes de somnolence, ce petit repos compensateur a paru efficace pour le maintien des performances dans ce contexte particulier de la course en équipage, il peut devenir pénalisant pour la course en solitaire. Cette observation illustre aussi le fait que l'ingestion d'un repas glucidique potentialise les effets d'une réduction du sommeil sur le maintien de la vigilance. Cette constatation et l'évolution des connaissances dans le domaine de l'influence de la nutrition sur la vigilance ont servi de support à une étude réalisée avec le soutien du CIDIL en 1998. Cette étude s'appuyait sur le fait qu'il a été démontré qu'une alimentation riche en sucre peut favoriser l'induction du sommeil alors qu'un apport protéique permet de maintenir la vigilance. L'effet de l'apport protéique serait conditionné par plusieurs type d'acides aminés, parmi ceux ci il semble que les acides aminés branchés soient particulièrement efficaces. Le protocole expérimental s'est attaché à comparer les effets d'une nutrition glucidique et d'un apport protéique riche en acides aminés branchés. Les résultats indiquent une amélioration de la vigilance avec la ration protéique et surtout un maintien des capacités de mémoire à court terme avec la ration protéique.

Au total, les études dans le domaine de la course au large permettent de dégager les points suivants :
-Un apport calorique élevé est indispensable pour maintenir une composition corporelle stable ; cet apport n'est pas spontanément réalisé ce qui justifie des travaux sur la nature, le rythme et la sapidité des repas dans ces conditions
- Des études complémentaires sont nécessaires pour établir l'intérêt des aliments protéiques sur le maintien des performances psychocognitives


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